L’économie bleue, c’est un axe du futur majeur qui déterminera l’avenir économique et environnemental de la Tunisie au regard des immenses opportunités qu’elle offre pour la croissance et ses deux carburants, l’investissement et l’emploi ainsi que pour la commodité et le bien-être du citoyen. Située en plein cœur de la Méditerranée et y disposant de deux façades, avec un littoral qui se déroule sur 1 148 kilomètres dont 575 de plages sablonneuses, la Tunisie, paradoxalement, ne qu’un menu parti de ce cadeau du ciel qu’elle utilise, du reste, de façon inconsidéré, aux fins de la pêche, du tourisme et dans une moindre mesure de l’exploitation pétrolière et gazière.

Pourtant, il s’agit d’un gisement incommensurable pour opérer des bonds dans le processus industriel qui ne serait plus linéaire. Il offre la possibilité d’une industrialisation rapide prenant en compte le changement climatique et la durabilité des ressources disponibles. La Tunisie s’y essaie à une échelle très réduite au travers de projets en collaboration avec l’Italie dans le domaine de la transformation des produits aquatiques avec la biotechnologie marine vecteur d’innovation et de qualité (BioVecQ) ou encore la sécurité et la qualité des produits aquacoles avec son programme SecurAqua. Elle semble, cependant, chercher à monter en gamme en proposant aux investisseurs internationaux le projet du port en eau profonde d’Enfidha et ceux de la construction de centrales électriques et d’usines de dessalement d’eau de mer.

L’UE à la rescousse

Pourrait-on y déceler l’embryon d’une vraie économie bleue telle qu’elle est conçue par les voisins sud-européens de la Tunisie ? Tout y concourt, d’autant que Tunis est considéré par l’Union européenne comme un pôle économique à l’instar de Barcelone, Marseille, Naples et une plaque tournante du tourisme à l’égal des îles Baléares, de la Sicile et la Corse. La Commission européenne vient d’ailleurs de l’inclure dans sa nouvelle initiative pour le développement durable de l’économie bleue dans la région de la Méditerranée occidentale. Il s’agit de ” permettre à l’UE et aux pays voisins d’œuvrer de concert pour renforcer la sûreté et la sécurité maritimes, de favoriser la croissance durable de l’économie bleue et la création d’emploi, et de préserver les écosystèmes et la biodiversité. Le commissaire européen pour la politique européenne de voisinage et les négociations d’élargissement, Johannes Hahn, explique que cette nouvelle initiative régionale ” reconnaît et exploite le potentiel économique de la mer Méditerranée et de son littoral afin de renforcer encore la croissance économique, de contribuer à la création d’emplois et, à terme, à la stabilisation de la région. Il s’agit d’une étape importante vers le renforcement de la coordination et de la coopération entre les pays participants». Son collègue pour l’environnement, les affaires maritimes et la pêche, Karmenu Vella, lui, a choisi un autre angle de tir, il met l’accent sur ” le lien fragile existant entre la préservation des habitats et des traditions nationales et la nécessité de veiller à la viabilité économique. L’économie bleue est importante pour chacun des pays concernés et ceux-ci ont compris que l’union faisait la force», a-t-il dit.

Et pour cause, la biodiversité maritime en Méditerranée subit une forte pression, en ce sens que selon un rapport récent rédigé par des scientifiques du Centre commun de recherche, la moitié de biodiversité a été perdue au cours des 50 dernières années. À cela s’ajoutent les préoccupations récentes en matière de sécurité et de sureté suscitées par une augmentation des flux migratoires du sud vers le nord.

Priorités et mécanismes

Trois grands objectifs sont assignés à l’initiative européenne : un espace maritime plus sûr, une économie bleue intelligente et résiliente et une meilleure gouvernance de la mer. Il s’agit d’abord de mettre en place une coopération entre les garde-côtes nationaux en termes de les réponses à apporter en cas d’accident et de marée noire. Les actions spécifiques porteront à cet effet sur la modernisation des infrastructures de surveillance du trafic, le partage de données et le renforcement des capacités. Ensuite, les priorités portent sur la collecte de nouvelles données, les biotechnologies et le tourisme côtier. Enfin, et pour ce qui est de la gouvernance, la priorité est donnée à l’aménagement du territoire, à la connaissance du milieu marin, à la conservation des habitats et à la pêche durable.

L’initiative sera financée par des fonds et instruments financiers existant au niveau international, national, régional et au niveau de l’UE, lesquels seront coordonnés et se compléteront. Cela devrait créer un effet de levier et attirer des financements d’autres investisseurs publics et privés, estime la Commission européenne.

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