Graves révélations sur les mouvements islamiques qui contrôlent la ville

1ere partie : Contrôle de l’espace et des ressources, une bataille de survie

Connectionivoirienne publie pour vous et en plusieurs parties une grande enquête sur ce qui se passe dans les milieux musulmans à Man. Dans l’indifférence des autorités, la capitale de la région du Tonkpi est en proie à des groupes salafistes qui tentent d’y dicter leur loi. Lassina Diarra, un jeune chercheur et essayiste sur le terrorisme islamique qui y a séjourné rapporte des faits graves constitutifs de défi à l’autorité de l’Etat.

Le champ de la pratique sunnite dans la ville de Man est en proie à une violence encore résiduelle mais dont la fibre ethno-religieuse se précise. Le tribalisme, le repli sectaire et l’inclination au takfir (excommunication) se banalisent dans le discours et les actes d’une communauté salafiste en essor constant depuis des années. L’exercice de la violence physique contre des imams jugés « apostats et mécréants » et la destruction d’un lieu de culte en juillet 2016 illustrent l’emprise, patiente, de groupuscules rigoristes dont certains mènent, sous couvert de pure dévotion, des activités en rupture avec la loi, quand ils exercent une pression protéiforme sur les agents de l’Etat.

Dans un contexte sous régional que singularise la dissémination du wahhabisme, la situation de Man requiert une posture de vigilance et une réaction ferme de l’Etat de Côte d’Ivoire, sous peine d’assister, à l’enracinement d’une base arrière jihadiste dont le rayonnement atteindrait le reste du pays, la Guinée et le Liberia. Il suffit d’observer, dans les rues et au marché central, la visibilité croissante des femmes en niqab noir pour mesurer à quel point le destin de la ville est en train de basculer, à l’insu des acteurs institutionnels.

Négligence et crainte de stigmatiser les musulmans expliquent, pour beaucoup, l’insuffisance et le retard de la riposte. Le cas de Man soulève une problématique structurelle dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne où peu de gouvernements ont pris la mesure véritable du péril.

I. UNE COMPETITION POUR LE CONTROLE DE L’ESPACE ET DES RESSOURCES

Depuis 2011, la communauté sunnite de Man[1] est traversée par une crise qui a atteint son paroxysme en juillet 2016. De l’avis de nombreux observateurs interrogés sur place, les troubles résultent de différentes approches idéologiques, de guerre de leadership, du partage des fonds générés par des structures locales (grande mosquée, école coranique) ou octroyées par l’Arabie Saoudite et d’autres monarchies du Golfe. Le conflit s’imbrique avec un enjeu tribal de contrôle de la terre et des ressources dans cette région forestière où, jadis, vint s’éteindre le Jihad du conquérant Almamy Samory Touré. Matériellement, la crise oppose, d’un côté des Ivoiriens Malinké et de l’autre la communauté guinéenne, dominée par les Peulhs, quoique le leadership de ces derniers reste plutôt discret ; les allogènes, liés par un réflexe de solidarité et une pratique littéraliste de l’Islam fondent leur démarche sur une historicité [2] et une relative conscience de leur poids, grâce à un quasi-monopole économique et humain au sein de l’appareil religieux.

La violence et les actes nourris par l’inclination à déclarer hérésie la moindre divergence ont suscité une vague appréhension chez des habitants de la région et au-delà, sans provoquer, pour autant de réaction significative. L’essor de la religiosité active intervient dans un contexte de fragmentation symbolique et sociale, consécutive aux différentes crises nationales entre 2002 et 2011 ; le Tonkpi, zone de peuplement Wê et Dan, groupes traditionnellement chrétiens et animistes, demeura, durant une décennie, l’un des épicentres d’une recomposition chaotique, d’où la montée en puissance des réseaux extrémistes et mafieux.

Dans cette configuration, l’on peut légitimement se demander si la ville de Man, désormais sous l’influence de salafistes, majoritairement étrangers, peut constituer un terreau fertile au prosélytisme de l’intolérance confessionnelle, prélude à la propagation du Jihad. La réponse est oui, sous réserve de confirmation ultérieure ; en effet, pour l’instant, la plupart des signes faibles relèvent, dans la perception dominante et les rares articles de presse, de faits divers, d’incidents domestiques auxquels fait défaut une quelconque connexion à l’islamisme. C’est de cette cécité collective qu’il s’agit, ici.

La présente ébauche s’interroge, en particulier, sur la nature des violences observées dans la ville et leurs conséquences éventuelles en dehors du périmètre d’étude.

En l’absence des données scientifiques et face à la difficulté de mesurer un phénomène aussi protéiforme que le radicalisme, la démarche retenue s’appuie sur analyse qualitative, des propos recueillis dans le cadre des entretiens avec des agents de force de défense et de sécurité, des guides religieux, des fonctionnaires, des journalistes, au cours d’une enquête de terrain, du 17 au 24 mars 2017. Des photographies et des vidéos enregistrées lors des évènements viennent illustrer le fil de la pensée.

Au travers de cet essai, se profile de quoi motiver les décideurs à une meilleure prise en compte du danger auquel – avant qu’il soit trop tard – dissolutions cohérentes et rigoureuses s’imposent, d’abord en amont, pour le contenir à un niveau local, ensuite le dissoudre dans une « stratégie nationale[3] de prévention du terrorisme »

Source: connectionivoirienne

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