Kita : Une initiative locale prometteuse contre la malnutrition en marche

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Une initiative locale de lutte autonome contre la malnutrition des enfants est en train de faire ses preuves, dans la commune de Gadougou II, près de Kita (Ouest), en adoptant une approche durable de pérennisation de la prise en charge de la sécurité nutritionnelle et alimentaire des communautés, a constaté l’AMAP.

Au centre de cette initiative, un groupe de femme « Les Amazones de Gadougou II pour la lutte contre la malnutrition ». Ces « Amazones » n’utilisent que des produits locaux et un savoir-faire validé par le Protocole national de prise en charge de la malnutrition aigüe pour le traitement de la Malnutrition aigue modérée (MAM).

Au départ de cette approche communale, la participation de Mme le maire de la commune, Nènè Damba, à un Atelier de plaidoyer visant à renforcer les décideurs locaux sur leurs responsabilités dans la lutte contre la malnutrition des enfants organisé par l’ONG Action contre la faim (ACF), en 2017 et 2018. Tous les 33 maires du Cercle de Kita ont unanimement signé une Déclaration solennelle en faveur de la prise en charge de la sécurité nutritionnelle et alimentaire dans leur Programme de développement économique, social et culturel (PDSEC).

De retour dans sa commune, l’élue a organisé une session extraordinaire pour mieux expliquer l’engagement aux autres acteurs. C’est à l’unanimité que le Conseil communal a décidé la relecture du PDSEC et inscrit une ligne budgétaire avec des actions précises pour la lutte permanente contre la malnutrition dans la commune. Dans sa nouvelle délibération, le PDSEC a donc prévu une somme de 1.000.000 de Fcfa, par an, pour la lutte contre la malnutrition des enfants dans la commune.

En effet, « pour une totale autonomie de la commune dans ce combat pour l’avenir de nos enfants, l’accent sera mis sur la valorisation des produits locaux qui entrent dans la préparation de la bouillie enrichie destinée à la consommation des enfants pour lutter contre les cas de malnutris aigus » explique Mme le maire.

Pour préparer cette bouillie dont l’efficacité contre la malnutrition est démontrée, on a besoin essentiellement du mil, du haricot, du sucre et de l’huile et la cuisson ne dure que 15 minutes. Ce sont des produits que les communautés, elles-mêmes, produisent sans difficulté. En toute saison, elles en ont à portée de main.

La mairie, pour concrétiser sa préoccupation par rapport à la situation, a donc mis en place le groupe de femmes « Les Amazones pour la lutte contre la malnutrition des enfants ». Selon Mme le maire,  ces “Amazones” ont reçu, d’Action contre la Faim, la formation sur la transformation de ces produits et la préparation de l’aliment supplément à base de produits locaux pour le traitement de la MAM mais aussi d’autres recettes pour la prévention de la malnutrition.

On nous confie que ces femmes formées seront chargées, à leur tour, de former d’autres de la commune pour que ces dernières adoptent, dans leurs habitudes, la préparation des recettes améliorées pour leurs enfants de moins de 5 ans.

Plusieurs autres dispositions, dans le cadre de cet engagement de la commune, ont vu le jour. Il s’agit, notamment, du recrutement d’un Agent communal du développement social et de l’économie solidaire chargé du suivi des activités des « Amazones » et de la coordination des activités de prise en charge des cas avec le Centre de santé communautaire (CSCom).

Il y a, aussi, le renforcement des capacités des trois Agents de santé communautaire (ASC) qui vivent avec les communautés et apportent les soins essentiels aux enfants contre certaines maladies dont des cas liés à la malnutrition.

Le Conseil communal, dans sa délibération, s’est donné la prise en charge total des ASC de la commune à hauteur de 40.000 Fcfa par ASC et par mois. Selon la première responsable communale, la prise en charge se repartit comme suit : les communautés mobilisent la somme de 10.000 Fcfa, l’Association de santé communautaire (ASACO), le même montant, et la mairie, la somme de 20.000 Fcfa, chaque mois.

Aussi, dans la banque de céréales de la commune, sur les 93 sacs de céréales stockés pour la période de soudure, selon Mme le Maire, dix sacs sont-ils réservés pour le travail des Amazones, pendant la même période.

La mairie réfléchit, toujours selon Mme le Maire, à un projet qui permettra aux « Amazones » de pouvoir, un jour, transformer les produits entrant dans la recette de la bouillie enrichie, à les conditionner dans des emballages afin de les mettre à la disposition du Centre de santé communautaire et palier aux situations de rupture d’intrants et également permettre aux mamans de s’en procurer facilement pour les enfants.

Selon Nènè Damba, sa commune fait aujourd’hui de la lutte contre la malnutrition son cheval de bataille, après un constat réel des cas de malnutrition dans la communauté. A son arrivée aux affaires communales en 2017, dit elle, la commune ne disposait plus de partenaires.

Une délégation de ACF s’est rendue vendredi 10 mai 2019 à Gadougou II pour mesurer le degré du respect de l’engagement de Mme le Maire à la suite du plaidoyer.

Même la structure sanitaire, la plus grande de la commune, a senti ce vent de changement. Selon son directeur technique, Emmanuel Keita, avant les actions du Conseil communal et des « Amazones », l’une des premières causes de consultation dans la commune était bien la malnutrition. « C’est un mauvais souvenir de nos jours avec l‘implication de Mme le Maire qui vient de tout mettre en œuvre pour lutter et, de façon autonome, contre cette malnutrition », a-t-il dit. Il assure que les cas de malnutrition sont rares, aujourd’hui, dans le Centre de santé communautaire.

Pour lui, « l’approche est bien mûrie et réfléchie pour que ce fléau soit combattu sans relâche avec ou sans apport de partenaire » parce que les produits locaux entrant dans la composition de cette bouillie enrichie sont disponibles mais aussi il y a la formation et l’engagement des acteurs et des « Amazones ». Il appelle les autorités ou décideurs nationaux à faire de l’approche des « Amazones », un cas d’école pour, efficacement, lutter contre la  malnutrition des enfants au Mali.

L’approche communale de Gadougou II, par rapport à l’engagement issu du plaidoyer, a également reçu plusieurs appréciations et encouragements. Le coordinateur du département plaidoyer Action Contre la Faim Djaffra Traoré, dit : « Ces différentes dispositions nous permettent d’affirmer, sans ambages, que la commune peut poursuivre le travail de lutte contre la malnutrition, en tout temps, sans forcement l’appui des partenaires ».

« La commune a fait de la lutte contre la malnutrition des enfants une affaire de tous et de chacun », a t-il affirmé, estimant que prendre en compte les actions de prise en charge communautaire de la malnutrition dans le Programme de développement économique, social et culturel (PDSEC) est un respect à l’endroit des principes de la décentralisation.

L’approche de Mme le Maire est qualifiée de capitale et durable par plusieurs acteurs dont le Chef de Projet santé nutrition à Action contre la faim, Dr Clément Drabo. Selon lui, « une communauté dans cette dynamique cerne bien durablement une pratique inclusive ancrée sur un changement radicale de comportement en faveur de l’avenir de ses enfants ». Il a ajouté que les acteurs de cette commune ont bien compris que les apports des partenaires et programmes sont importants pour les communautés mais qu’il faut consolider les acquis et développer des alternatives non périssables après leur départ.

Selon lui l’expérience de Gadougou II, avec ses « Amazones », mérite d’être enseignée dans toutes les Communes du Mali, car la recette dont il est question existe dans le Protocole national de prise en charge de la malnutrition. « L’expérience a montré qu’elle est nutritive et validée pour guérir les cas de malnutrition aiguë modérées. C’est un cas d’école que la commune nous a montré comme possibilité dans la lutte, sans apport extérieur, contre la malnutrition » a-t-il dit.

MD/MF 

Source: AMAP

Source: bamada.net