Presse sous anesthésie générale en Côte-d’Ivoire

0
22

L’incident survenu, le 4 octobre 2019 à Toulepleu (chef-lieu de département dans la région du Cavally, à l’ouest), entre le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly et le maire Denis Kah Zion va être classé sans suite.

Le plus intéressant dans l’affaire, ce sont les comportements diamétralement opposés auxquels nous assistons. Par la voix du porte-parole, le Gouvernement a apporté rapidement son soutien à son chef, accusé d’avoir menacé le journaliste Kah Zion dans l’exercice de sa profession.

Du côté de la presse (privée et publique, porte-voix officiels ou pas de partis), c’est le calme plat depuis une semaine. L’esprit de corps, déjà moribond, a pris la poudre d’escampette.

Ni les organisations de régulation (ANP) et d’autorégulation (OLPED), ni les organisations corporatistes (UNJCI, OJPCI, GEPCI…) n’ont réagi. Les uns sont complètement indifférents et les autres, résolument apathiques.

Car la presse ivoirienne a accepté d’être déresponsabilisée pour une raison simple: elle est heureuse d’être une marionnette manipulée par des marionnettistes politiques. Malgré quelques hirondelles, elle refuse d’être un Pouvoir pour se complaire dans un rôle de structure spécialisée de partis ou coalitions politiques, exécutant les mots d’ordre des états-majors.
Ainsi, à l’instar de l’environnement politique, la presse ivoirienne est divisée entre deux blocs rivaux, antagonistes. De deux, les lignes éditoriales, sous influence de la météo politique et des clivages, sont à l’aune des épousailles et des divorces.
Alors, les journalistes ne s’appartiennent plus. C’est pourquoi, sous le fallacieux prétexte de « seuls les imbéciles ne changent pas » pour maquiller la démission et la forfaiture, le spectacle offert est surréaliste:

– des gens qui ont combattu, sans aucune réserve, Alassane Ouattara, se révèlent ses ardents défenseurs;

– des personnes qui s’autoproclamaient joyeusement « répondeurs automatiques » de Bédié, se découvrent ses pires contradicteurs;
– des individus qui ont condamné Gbagbo avec une énergie inégalée, se surprennent à chanter ses louanges, etc.

Il n’y a plus ou presque aucune clause de conscience. Car la presse ivoirienne est placée sous anesthésie générale.

F. M. Bally

Source: connectionivoirienne