CAMEROUN :: Contre les dernières volontés d'un mort, la sous-préfette fait fermer une tombe à Fondjomekwet :: CAMEROON

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Opposés à cette violation de la  liberté de manifester sa religion ancestrale ou sa conviction, les proches du défunt sont indignés et impuissants. Surtout que l’on fait savoir que leur père avait été déchu de son titre de notabilité. L’administration préfectorale est par ailleurs accusée de mobiliser des gendarmes pour perturber messes et cultes d’action de grâce dans le même village de l’arrondissement de Bandja. .                       

Trois jours avant le samedi 17 septembre 2022, le climat a été clement, sans pluies diluviennes,  à l’ouest. Les usagers de la route Bandja- Fondjonmekwet ont connu ainsi moins de peine, à cause du mauvais de cette voie de circulation érodée par des pluies depuis le mois de juillet. 
 
Le samedi 17 septembre 2022, les enterrements et les cérémonies programmés se sont tenus sans heurts.   Surtout que de mauvais souvenirs liées à la mobilisation des gendarmes pour certaines cérémonies funéraires ou religieuses reste figé dans les consciences. En effet, le  samedi 06 Aout 2022, la présence des gendarmes à  Fondjomekwet sème la panique dans les rangs des enfants d’une maman du village.

Réunis pour une messe d’action de grâce en hommage à leur génitrice, cette famille garde en mémoire, comme la majorité des habitants de ce village, le déploiement des gendarmes aux ordres de la sous-préfette de Bandja,  ENJOH TEMBU Regina, il y a quelques semaines.

Intimidations des autorités municipales et préfectorales
 
En effet, selon des témoignages concordants recueillis par Journalistes en Afrique pour le développement (Jade), les hommes en tenue ont débarqué  dans le quartier Toula, le samedi 06 juin 2022,  et ont intimé l’ordre que la tombe qui devrait abriter les restes de Paul Zeukoum Kontchoua Nkueté, président d’une sous-section du  Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) à Djamfam et  notable décédé courant le mois de mai 2022 à Douala, soit fermée et qu’une autre soit creusée à un endroit indiqué par le chef dudit village. Tout ceci contre les dernières volontés du défunt.

Indignés, les habitants n’ont pas pu manifester leur opposition à cette violation de la mémoire du défunt. Parce que pour cette opération,  Madame la sous-préfette de  Bandja, ENJOH TEMBU Regina, était appuyée par le commandant de la brigade de gendarmerie du coin.

Des gendarmes mobilisés, arme au poing,  se sont activés pour intimider les enfants du défunt. Cette autorité administrative a intimé l’ordre aux hommes en tenue de faire respecter les consignes du chef du village, dit-on. Selon des sources fiables, les relations entre le notable décédé et le chef supérieur Fondjomonkwet, Sa Majesté Yves Djoumbissie Kamga, étaient très tendues courant ces dernières années.

Madame la sous-préfette dit faire respecter la tradition relative à la responsabilité du chef du village comme garant de toutes les terres du village et des us et coutumes, notamment le protocole traditionnel à respecter lors des cérémonies d’inhumation de certains dignitaires traditionnels. Et selon des sources proches de cette administration, il fallait faire respecter la décision du chef Fondjomonkwet relative à la destitution de Paul Zeukoum Kontchoua Nkueté du collège des notables.

Par contre, la famille du défunt estime qu’en sa qualité de notable, il était installé sur les terres en question depuis des décennies, avec ce que cela comporte comme arbre sacré et lieu de culte ancestral propre à chaque famille. Les proches du défunt font savoir  que le chef supérieur Fondjomonkwet qui estime l’avoir déchu de son titre  de notabilité, n’avait pas le droit de le faire puisque c’est un titre qui se porte à vie et est transmissible de père en fils. La dernière volonté du défunt était d’être enterré sur l’espace où ses enfants ont fait creuser la première tombe. Un espace qui matérialise sa qualité de notable et de chef de famille. Sa déchéance par le chef du village est liée-fait-on savoir- à son opposition à certaines décisions prises par le chef. L’intervention du chef du village par l’intermédiaire de la sous-préfette et des gendarmes est une manière pour lui de manifester son autorité. Et d’imposer un autre protocole transactionnel pour les dites obsèques autre que celui voulu par le défunt de son vivant. En fait, pour la Ligue des droits et des libertés, il y a violation des libertés d’expression en ne respectant pas la dernière volonté du défunt et la position de ses enfants, violation du culte ancestral  qui chez les Bamilékés lie le caveau au sanctuaire pour le culte des crânes, et  enfin violation de la liberté de réunion en perturbant la célébration d’un culte ou d’une messe judéo chrétienne et en demandant aux gens de quitter un lieu.

Des tentatives de vassalisation des chefs de 3e degré

Selon de nombreux habitants de Fondjomonkwet, ce climat conflictuel semble devenir monnaie courante. Les  offices religieux organisés pour célébrer la vie de certains originaires du village sont perturbés par des gendarmes qui, arme au poing, font des va et vient sur le lieu des cérémonies, notamment durant la messe dite par le curé de la paroisse de l’église catholique de Fondjomonkwet. « Ils sont arrivés ici sans être invités par les organisateurs de l’office, sans aucune notification ou ordre de mission.  Ils n’ont rien brandi au prédicateur ou aux organisateurs de cette cérémonie qui s’est tenue dans un espace privé et  purement familial.  Ils n’ont été invités par personne. Leur présence a perturbé la sérénité de l’office. Les gens sont frustrés quand ils voient des gendarmes et ne peuvent pas s’exprimer ou se recueillir librement.  Nous ne savons pas ce qu’ils sont venus faire ici », se plaint un proche de cette famille. Il est d’autant plus choqué qu’une semaine avant, le samedi 30 juillet 2022, au moment d’une célébration religieuse d’action de grâce  à la mémoire d’une autre dame décédée il y a environ 30 ans,  les gendarmes conduits par le commandant de la  brigade de gendarmerie de Bandja se sont livrés à la  même scène  d’ «intimidation». Et au-delà de l’arrondissement de Bandja, de nombreux ressortissants de la région de l’Ouest sont soumis, illégalement, à solliciter des autorisations de manifestations publiques avant l’inhumation des proches ou l’organisation des festivités ou des commémorations en mémoire des morts. Les cas sont légion. 

A Banka, une autre localité du département du Haut-Nkam,  le chef du groupement, Sa Majesté Arnaud  Monkam est l’objet de nombreuses dénonciations exprimées par ses administrés et des princes qui trouvent qu’il abuse de ses pouvoirs pour empiéter sur les droits humains et les libertés publiques. A son actif, de nombreuses immixtions partiales lors des litiges fonciers ou des tentatives de vassalisation des chefs de 3e degré reconnus par arrêté préfectoral.  C’est ainsi  que le chef supérieur Banka a été arrêté, avec deux de ses notables, et battu le 12 mai 2022 au lycée technique de Batcho, alors qu’il effaçait le préfixe « Ba »(Ndlr : ville de…) sur une plaque de l’établissement. Pour lui, les habitants de cette localité ne doivent point faire valoir et exprimer leur identité culturelle locale. Ils sollicitent que ceux-ci se référent à lui pour l’organisation des funérailles ou toute autre manifestation publique.  Ils doivent également le solliciter en cas de litige foncier.  Au lendemain de cet incident, sur les réseaux sociaux, le chef Banka a relaté sa version des faits affirmant plutôt qu’il s’y était rendu pour visiter une route. «Sur le chemin, les deux dignitaires avaient sollicité un transit par Dacktcho pour me montrer la plaque. Ils avaient déjà des antécédents avec le sous-chef Tcho. Sur place, nous avons constaté que la note du 8 octobre 2010, signée par le Roi Monkam Tientcheu David n’était pas respectée. Le dignitaire Nzemefu Tiedeu s’est dirigé vers la plaque pour effacer le terme Ba-, conformément à cette note du 8 octobre 2010. C’est suite à cela que certains malfaiteurs ont sévèrement brutalisé ce notable. Sur le choc, je suis sorti de la voiture pour intervenir. Ces derniers ont cassé le phare gauche de la voiture ainsi que le capot »,écrivait le chef supérieur Banka. 
Dans le département du Noun, des violations des droits fonciers de certains habitants sont posées par des populations qui agissent sur les ordres du sultanat Bamoun. Au cœur de la ville de Foumbot, un terrain titré appartenant à Dr Djoko Temnou, propriétaire d’une pharmacie de la place, est occupé depuis des années par des hommes supposés être proches du sultanat. Les plaintes et les démarches judiciaires du pharmacien qui se plaint  « d’empiétement de propriété et de trouble de jouissance »  n’ont jamais prospéré.  

La liberté d’avoir une conviction de son choix
 
Approchée par le correspondant de  Journalistes en Afrique pour le développement(Jade), le vendredi 12 aout 2022, madame la sous-préfette de Bandja a dit « agir conformément à la loi et aux traditions. » « Je fais mon travail pour le maintien de l’ordre. Je rends compte à ma hiérarchie et non aux journalistes. Les gens doivent demander des autorisations à la sous-préfecture avant d’organiser des cérémonies funéraires. Je suis venue ici pour accomplir mes missions. Avant de faire certaines choses, je me renseigne aussi pour conformer mes actes aux traditions et coutumes locales », explique-t-elle.  Non sans manquer de préciser qu’elle doit faire respecter l’autorité du chef garant des traditions et des us et coutumes, notamment en matière d’inhumation des dignitaires tels les notables et serviteurs. Dans la tradition locale, il est constant que des animaux, notamment des chèvres ou des boucs soient remis à la chefferie du village avant l’inhumation des hommes d’un certain rang coutumier.  « Le commandant de Brigade, pour les autres cas,  aurait envoyé des gendarmes sur le terrain  sans mon avis. Je vais me renseigner pour en savoir plus… », affirme-t-elle. 

La  liberté de manifester sa religion ou sa conviction

Plusieurs textes ont été  violés en l’espèce, selon les juristes. Il s’agit  d’abord de l’article 18 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques qui dispose : 

«  1. Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion; ce droit implique la liberté d’avoir ou d’adopter une religion ou une conviction de son choix, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, individuellement ou en commun, tant en public qu’en privé, par le culte et l’accomplissement des rites, les pratiques et l’enseignement. 

2. Nul ne subira de contrainte pouvant porter atteinte à sa liberté d’avoir ou d’adopter une religion ou une conviction de son choix.(…) 

4. Les Etats parties au présent Pacte s’engagent à respecter la liberté des parents et, le cas échéant, des tuteurs légaux de faire assurer l’éducation religieuse et morale de leurs enfants conformément à leurs propres convictions. » Dans le même sens,  l’article Article 21 du Pidcp  ajoute : « Le droit de réunion pacifique est reconnu. L’exercice de ce droit ne peut faire l’objet que des seules restrictions imposées conformément à la loi et qui sont nécessaires dans une société démocratique, dans l’intérêt de la sécurité nationale, de la sûreté publique, de l’ordre public ou pour protéger la santé ou la moralité publiques, ou les droits et les libertés d’autrui. » 

Source: camer.be