Cour d’assises : Fin de règne pour des voleurs au téléphone portable

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Ils parvenaient à gruger des employés des agences de transfert d’argent en leur soutirant à distance des sommes relativement élevées. Ils ont fini par être démasqué avant d’être renvoyés au cachot

Suspectés d’association de malfaiteurs et de vol, les nommés MD, KS, ID et DS ont été jugés par la Cour d’assises de Bamako conformément aux dispositions de ces articles 175, 252 et 257.
C’est courant 2018. Ce quatuor a nourri le lugubre projet de soutirer frauduleusement de l’argent à plusieurs agences de transfert d’argent d’un des opérateurs de téléphonie mobile de la place. Pour y parvenir, ils ont usé de stratagème pouvant leur permettre d’accéder facilement aux codes secrets. Donc des comptes de l’agence victime. Une fois qu’ils ont pu accéder aux comptes, ils n’avaient plus qu’à retirer la somme de leur choix. Puis ils se la partagent. Ainsi ils sont parvenus à extraire aux détriments de cinq gérants de ces micros banques, une somme comprise entre 170.000 et 750.000 francs CFA. Comme chaque chose à une fin, après avoir passé un bon moment en agissant de la sorte, le pot aux roses a fini par être découvert. Les quatre ont été appréhendés par la police. La procédure judiciaire logique s’en est suivie durant laquelle, le nommé DS a bénéficié d’un non-lieu partiel avant d’être écarté de la suite. Ainsi les trois autres se sont retrouvés à la barre pour répondre des faits cités plus haut.

Devant les juges, comme s’ils se sont entendus à l’avance, les trois ont décidé de collaborer avec la justice. Ils ont sans ambages avoué leur implication dans cette infraction criminelle. Mieux, il semble même qu’ils sont restés constants dans cette attitude durant toute la procédure. Avec une telle attitude, face aux juges, la cause est entendue pour les accusés. Il ne reste plus qu’à les écouter pour comprendre la façon dont ils s’y prenaient avec leurs victimes. C’est ainsi qu’ils ont détaillé leur stratagème. Ils ont par la suite expliqué que s’ils ont agi de la sorte pour avoir de l’argent, c’était dans le but d’émigrer en Europe pour chercher encore et toujours de l’argent.

Les présumés ignoraient un fait qui semble très important aux yeux des juges. Ces derniers disposaient d’informations sur le groupe qui avait en son sein un ressortissant guinéen rapatrié de la Libye, et un autre qui est connu des archives de la police pour sa participation dans des faits similaires de par le passé. Ainsi, ils avaient peu de chance d’échapper.
Après leurs explicationsdes faits, c’était le tour des parties civiles de passer à la barre pour leur version. Elles ont également détaillé le mode opératoire des inculpés. Les victimes ont unanimement identifié le nommé ID, qu’elles ont même qualifié de bourreau. Apparemment c’est ce dernier qui semble avoir soutiré le maximum d’argent des comptes de certains employés des agences de transfert victimes. Et la somme la plus élevée a été estimée à 280.000 francs CFA extraite des comptes d’une seule employée.

Le ministère public a estimé que les accusés ont bien mûri et planifié leur projet avant de le mettre à exécution. Le magistrat debout a indiqué qu’ils ont agi de la sorte, juste pour que chaque membre du groupe, qu’il a qualifié d’aguerri, puisse bénéficier des dividendes de leur opération. Il est allé loin, expliquant à la Cour avec des preuves, que deux des accusés, les nommés MD et KS ont déjà fait l’objet de condamnation de par le passé. Vu tous ces faits, le défenseur des citoyens a requis de les maintenir dans liens de l’accusation sans les accorder des circonstances atténuantes. .
La défense reconnaît la gravité des faits reprochés à ses clients. Comme un des mis en cause était absent, l’avocat en a profité pour plaider la clémence de la Cour en faveur des accusés. Après délibération, la Cour dans sa sagacité a condamné les accusés MD à 7 ans de réclusion, KS à 5 ans de réclusion. Quant à ID, le ressortissant guinéen, il a écopé de 10 ans de réclusion et 10 ans d’interdiction de séjour.

Tamba CAMARA

…et les braqueurs s’en sortent avec cinq ans

Nous les désignons par leurs initiales M et A. Ils ont comparu devant les jurés de la Cour d’assises pour leur implication dans des actes de braquage à travers la ville de Bamako et ses enivrons. Courant 2018-2019, une catégorie sociale a longtemps et sérieusement souffert de braquage à répétition. Notamment opérateurs économiques résidents en commune VI du District de Bamako à travers leurs sources de revenus disséminés à travers la ville. Le groupe de bandits dans lequel évoluaient les suspects cités plus haut, sévissait surtout entre 22 heures et 4 heures du matin. Armés de fusils automatiques, ils ‘s’attaquaient soit aux stations -service, soit aux établissements hôteliers, hôtels, voire des restaurants appartenant à la classe sociale citée.

Pour commettre leurs actes, ils n’hésitaient pas à s’habiller en tenue militaire alors qu’ils sont armés de fusils mitrailleurs. En professionnels, lorsqu’ils agissent, ils le font très souvent à deux sur une moto Djakarta. Sur leur champ d’opération, leur stratégie est simple mais efficace. Pendant que l’un agit, l’autre surveille la rue afin de neutraliser d’’éventuels intrus pouvant enrouiller le bon déroulement de leur opération nocturne. Une fois face à leurs victimes, ils leurs pointent le bout de leurs fusils, les obligent à se mettre à plat ventre à même le sol. Sinon, ils les enferment carrément dans les locaux de leurs lieux de travail pour opérer tranquillement.
Grâce à ce mode opératoire, ils ont réussi à allonger la liste de leurs victimes à travers la Cité des Trois Caïmans et sa banlieue. Comme chaque chose a une fin, ces malfaiteurs sont tombés entre les mains de la police dans la nuit du 22 au 23 février 2019. Au moment de leur interpellation, ils étaient en pleine opération quelque part dans un des secteurs relevant du commissariat de police du 13è arrondissement. Après leur interpellation, les policiers ont diligenté leurs dossiers pour les renvoyer devant le magistrat instructeur qui les a inculpés pour les infractions d’association de malfaiteurs et vol qualifié.

Lorsqu’ils ont comparu devant les jurés, les mis en cause ont partiellement reconnu les faits à eux reprochés. Maintenant il leur fallait s’expliquer. Et c’est M qui a été le premier à prendre la parole pour parler de l’arme qu’ils possédaient. L’accusé a tenté de donner une des explications qui ne tient pas la route face aux magistrats. Il soutient qu’il était à la recherche d’objets volés dans leur champ. Comme il a suspecté un vol, il dit avoir sollicité l’arme de son complice A, afin de dénicher le probable suspect avec ce fusil. Et de poursuivre que c’est au cours de cette opération de recherche d’un probable voleur qu’ils ont été appréhendés par la police.
Quand le président de la Cour voulait savoir la provenance réelle de l’arme dont les suspects disposaient, l’accusé a tout dit sauf la provenance réelle de cette arme. Par la suite, il s’est avéré qu’il l’avait subtilisée dans un camp de formation des eaux et forêts. Mieux, le suspect a donné des explications vagues qui n’ont pu convaincre la Cour. D’où cette idée des juges selon laquelle, il détenait l’arme juste pour commettre les actes qui les ont amenés devant eux à la Cour d’assises.
Quant à son compère A, il explique n’être qu’un accompagnateur de M lors de l’opération de recherche dont celui-ci a fait cas dans son explication.

Malgré les preuves palpables dans les déclarations à l’enquête préliminaire, les deux hommes sont restés dans la dénégation systématique des faits. Tantôt, ils affirment n’avoir pas connaissance d’armes, tantôt, ils déclarent avoir été sur les lieux pour rechercher un probable voleur. Il a été par la suite prouvé qu’ils avaient volé l’arme dans un camp de formation des agents des eaux et forêts dans le seul but de s’adonner aux actes de banditisme.
Pour clarifier cet état de fait, un témoin est appelé à se présenter à la barre. Cet instructeur du camp victime a apporté un peu d’eau au moulin du procès. Il a donné des explications claires sur la participation du nommé M dans une histoire de vol de fusil dans le camp de formation des agents des eaux et forets. L’instructeur a soulevé des détails à la suite desquels, l’assistance a compris que M, le principal accusé est fils d’un haut responsable de cette structure. Donc son implication dans le vol de l’arme pour commettre son forfait. Mais avant, le témoin a révélé qu’il a subi des pressions de la part des parents et proches de l’accusé afin qu’il étouffe cette affaire de vol d’arme dans le camp de formation dont il est lui-même un des responsables.

Présentes à l’audience, les parties civiles ont toutes unanimement reconnu les suspects comme étant leurs bourreaux. Pour un des avocats de la partie civile, les faits sont clairs. Selon lui, tous les éléments de l’infraction sont réunis, car, dit-il, la vérité s’est manifestée au cours des débats. C’est pourquoi ce conseil a requis de les maintenir dans les liens de l’accusation. Le parquet n’est pas allé avec le dos de la cuillère. Il pense que le principal auteur n’est autre que M. Un jeune qui, s’il faut le croire, a grandi dans le camp au milieu des armes dans un camp d’entrainement non opérationnel. Donc pour le magistrat, ce n’est pas étonnant qu’il maîtrise le maniement des armes. Pour conclure le parquet pense que le garçon et son complice méritent une sanction à la hauteur de leurs crimes. Ce qui, du point de vue du défenseur des citoyens, permettra de dissuader d’éventuels fauteurs de troubles.
La défense n’était (naturellement) pas de cet avis. Elle a centré sa plaidoirie sur le devenir de ses clients. «C’est l’avenir de ces jeunes qui est en jeu. Nous devons examiner le dossier », insista-t-il. L’avocat pense que l’accusation « association de malfaiteurs » ne tient pas la route. C’est pourquoi, il a sollicité la Cour de fouiller à fond pour y voir plus clair dans cette affaire. Visiblement, sa plaidoirie n’a pas convaincu la Cour. Celle-ci a, dans sa sagacité, reconnu les deux accusés coupables. Mais au même moment, elle leur a accordé des circonstances atténuantes. Chacun des deux s’en est sorti avec cinq ans de prison.

T.C

Source: bamada